« En Afrique, notre profession doit pouvoir allier ancrage local et expertise mondiale » Wassia ASSEMIEN, Expert-comptable, Managing Partner de CAP EXPERT AUDIT

« En Afrique, notre profession doit pouvoir allier ancrage local et expertise mondiale » Wassia ASSEMIEN, Expert-comptable, Managing Partner de CAP EXPERT AUDIT

Pour quel type de missions êtes-vous, le plus généralement, sollicitée ?

À travers CAP EXPERT AUDIT, j’interviens en Côte d’Ivoire et en Afrique subsaharienne dans 3 grands domaines de missions.

1. Expertise comptable : Tenue et révision comptable, états financiers (SYSCOHADA, SYCEBNL, IFRS), consolidation et visa fiscal. Le socle technique sur lequel tout repose.

2. Audit légal et contractuel : Commissariat aux comptes, aux apports et à la fusion, audits spécifiques. Une mission d’intérêt public exercée avec rigueur et indépendance.

3. Conseil en gestion et stratégie : Diagnostic organisationnel, optimisation de la performance, mise en conformité fiscale. Nous accompagnons notamment les PME dans leur structuration financière et la digitalisation de leurs processus.

Au-delà de ces trois piliers, un axe nous distingue fondamentalement : une expertise pointue en audit fiduciaire des projets financés par des bailleurs internationaux (Banque mondiale, BAD, Union Européenne, le fonds PEPFAR). Une spécialité rare, directement forgée par 13 années à l’USAID.

Quelles évolutions pertinentes percevez-vous dans l’exercice du métier d’expert-comptable en Côte d’Ivoire ?

L’expert-comptable n’est plus seulement un producteur d’états financiers ; il devient un véritable partenaire stratégique des dirigeants.

La 1ère évolution est la digitalisation : les outils numériques et l’intelligence artificielle modifient les méthodes de travail et libèrent du temps pour le conseil à forte valeur ajoutée.

La 2ème concerne le renforcement des exigences de gouvernance et de transparence, fiscalité, lutte contre le blanchiment, reporting financier, qui repositionne notre rôle de tiers de confiance.

Enfin, la demande d’accompagnement des PME dans leur structuration et leur accès au financement est croissante. En Côte d’Ivoire, où le secteur privé est en pleine expansion, l’avenir appartient aux experts-comptables alliant excellence technique, maîtrise du numérique et capacité à conseiller dans un environnement de plus en plus complexe.

Quels sont les avantages et les risques de l’usage des outils numériques dans la profession ?

Les avantages sont substantiels : automatisation des tâches répétitives, fiabilisation des données en temps réel, analyses prédictives et réduction des délais de production. Pour nos clients, cela se traduit par des tableaux de bord dynamiques et une prise de décision mieux éclairée. Les risques sont tout aussi réels : la cybersécurité et la confidentialité des données financières, la dépendance aux outils au détriment de la maîtrise des fondamentaux, source d’erreurs non détectées, et la fracture numérique, toutes les PME ivoiriennes ne disposant pas des infrastructures pour absorber ces transformations. Le rôle du cabinet est précisément d’accompagner cette transition de manière sécurisée et adaptée.

Les missions complexes devraient-elles susciter des fusions ou regroupements de cabinets en Afrique ?

C’est une évolution inévitable. Les opérations de restructuration capitalistique, de fusion-acquisition ou de levée de fonds requièrent des équipes pluridisciplinaires, audit, fiscalité, droit des affaires, évaluation, due diligence, qu’un cabinet de taille modeste ne peut pas toujours mobiliser seul de manière compétitive. Cela dit, toute fusion doit être abordée avec discernement, dans une logique de complémentarité des expertises et d’adhésion à une culture commune de l’excellence. Des alliances stratégiques ou des regroupements en réseau permettent de mutualiser les ressources tout en préservant l’agilité et la proximité client qui font la force des cabinets africains indépendants.

Les cabinets internationaux vont-ils accentuer leur présence sur le continent africain ?

Sans aucun doute. L’accélération des investissements internationaux et les exigences croissantes de transparence, IFRS, reporting, conditionnalités des bailleurs, rendent indispensable une présence locale aux standards internationaux. Le paradoxe : en 2025, deux membres des Big Four ont annoncé leur retrait d’Afrique francophone subsaharienne. Loin d’être un signal d’alarme, ce mouvement redistribue les cartes en faveur des cabinets locaux de haut niveau. La croissance du continent ne pourra être accompagnée durablement que par des acteurs alliant excellence technique et parfaite connaissance des réalités locales. C’est précisément là que se positionne CAP EXPERT AUDIT.

Quels sont les 3 défis majeurs auxquels la profession d’expert-comptable devrait demain faire face ?

L’adaptation au numérique et à l’intelligence artificielle. Les outils d’IA transforment déjà en profondeur les missions d’audit et de comptabilité. La profession devra repositionner sa valeur ajoutée autour du conseil, du jugement professionnel et de l’interprétation stratégique des données.

Le renforcement de l’éthique et de la gouvernance. Dans un contexte où la transparence financière est au cœur des exigences des bailleurs et des investisseurs, l’indépendance et l’intégrité de la profession sont des conditions non négociables de sa crédibilité.

La formation et la rétention des talents. La concurrence avec le secteur bancaire et les multinationales pour attirer des profils qualifiés est intense. Valoriser la profession auprès des jeunes diplômés et construire des parcours attractifs est un enjeu structurel pour l’avenir de la profession en Afrique.

Quelles sont les qualités que vous privilégieriez pour un bon expert-comptable ?

En tout premier lieu, l’intégrité et l’indépendance d’esprit : savoir dire des vérités qui dérangent, résister aux pressions et placer l’intérêt du client au-dessus de toute autre considération. C’est le fondement de notre crédibilité. Ensuite, la compétence technique : maîtriser les normes est le prérequis, mais les mettre au service de la performance et de la croissance de l’entreprise cliente est ce qui fait réellement la différence. J’y ajouterais la capacité d’écoute et de pédagogie : traduire la complexité financière en langage clair et accessible.

Vous êtes Femme, Expert-comptable et Directrice d’un Cabinet. Votre genre est-il un atout ou un défi ?

Être une femme dans la profession est à la fois un défi et une force. Il faut parfois démontrer davantage sa légitimité, mais cette exigence devient une source de dépassement de soi. Les femmes apportent une combinaison précieuse de rigueur, d’écoute, de résilience et de sens de la relation, des qualités essentielles dans un métier fondé avant tout sur la confiance.

Ce que mon parcours, PwC, USAID, CAP EXPERT AUDIT, m’a enseigné : la compétence, l’intégrité et la performance n’ont pas de genre. Ce qui fait la différence sur le long terme, c’est la maîtrise technique, la capacité à créer de la valeur et la constance dans l’engagement. Aucune ambition ne devrait être limitée par le genre. Je souhaite que mon parcours inspire d’autres femmes à embrasser cette noble profession avec ambition et sérénité. La diversité dans les équipes dirigeantes est une richesse.

Propos recueillis par A.C. DIALLO©Magazine BUSINESS AFRICA

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