Dans cette interview accordée au Magazine BUSINESS AFRICA, M. Essono partage sa vision du Capital-investissement en Afrique et plus particulièrement au Gabon et affiche ses ambitions pour Okoumé Capital. Pour lui, le capital-investissement est bien davantage qu’un mécanisme de financement, il est un levier d’accélération de la croissance des entreprises. INTERVIEW
Vous dirigez aujourd’hui Okoumé Capital, acteur de référence du capital-investissement au Gabon. Pouvez-vous revenir sur votre parcours et nous expliquer ce qui vous a conduit à ce secteur ?
Mon parcours est étroitement lié à l’entreprise, à la finance et à la création de valeur. Après une première expérience entrepreneuriale, j’ai évolué dans le conseil, l’intelligence économique, le capital-investissement et la gestion d’investissements au sein de structures internationales opérant en Afrique.
J’ai eu l’opportunité de travailler sur des projets et des transactions en Afrique australe, en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, dans des secteurs aussi variés que les services financiers, l’énergie, les infrastructures, l’industrie, l’agroalimentaire ou encore la santé. Cette exposition m’a permis d’observer à quel point le potentiel entrepreneurial africain est considérable, mais aussi combien les entreprises ont besoin de capitaux patients et d’un accompagnement stratégique pour franchir des étapes décisives de leur développement.
C’est précisément ce qui m’a conduit vers le capital-investissement. Au-delà du financement, cette activité permet d’accompagner les entreprises dans leur structuration, leur gouvernance et leur croissance. C’est un métier qui conjugue vision stratégique, discipline financière et impact économique, ce qui le rend particulièrement pertinent dans les économies africaines en transformation.
Okoumé Capital cumule plusieurs années d’activité. Quel bilan tirez-vous de son action depuis sa création et quelle est sa vision pour les prochaines années ?
Le principal accomplissement d’Okoumé Capital réside dans la construction progressive d’une institution spécialisée capable d’exercer les métiers du capital-investissement selon les standards attendus par les investisseurs institutionnels et le régulateur régional. Nous avons structuré notre gouvernance, renforcé nos dispositifs de contrôle, développé nos capacités d’investissement, obtenu notre agrément de société de gestion auprès de la COSUMAF et engagé les premières opérations de déploiement de capital dans des secteurs stratégiques. Au-delà des investissements eux-mêmes, nous avons souhaité bâtir une véritable plateforme d’investissement capable de mobiliser durablement des ressources au service du secteur privé.
Notre ambition est désormais de faire d’Okoumé Capital un acteur régional de référence en Afrique centrale, capable de connecter les entreprises à des sources de financement de long terme et de contribuer au développement d’un écosystème d’investissement plus dynamique dans la sous-région.
Quelle appréciation générale faites-vous du secteur du capital-investissement en Afrique et plus particulièrement au Gabon ? Pensez-vous que son rythme de progression est satisfaisant ?
Le capital-investissement africain s’est considérablement professionnalisé au cours des vingt dernières années. Les fonds sont mieux structurés, les pratiques de gouvernance se sont renforcées et les investisseurs internationaux manifestent un intérêt croissant pour le continent.
Malgré ces avancées, le potentiel reste encore largement inexploité. L’Afrique représente une part relativement modeste des flux mondiaux de capital-investissement alors même que les besoins de financement des entreprises demeurent importants. Au Gabon comme dans une grande partie de l’Afrique centrale, le principal enjeu n’est pas l’absence d’opportunités d’investissement mais la rareté du capital disponible pour accompagner leur croissance.
Le développement de l’épargne institutionnelle, l’approfondissement des marchés financiers et la mobilisation de davantage d’investisseurs de long terme constituent des priorités pour les années à venir.
Les investisseurs internationaux manifestent un intérêt croissant pour les marchés africains malgré un contexte économique et géopolitique parfois incertain. Quels sont, selon vous, les principaux atouts du continent, et plus particulièrement du Gabon, pour attirer ces investissements ?
L’Afrique demeure l’un des principaux réservoirs de croissance à long terme au niveau mondial. Le continent bénéficie d’une démographie dynamique, d’une urbanisation rapide, de besoins considérables en infrastructures et d’un potentiel important de transformation industrielle et numérique.
Pour avoir eu l’occasion d’interagir avec des investisseurs opérant dans différentes régions du continent, je constate que l’intérêt pour l’Afrique reste réel dès lors que les projets sont bien structurés, que la gouvernance est robuste et que la visibilité stratégique est suffisante.
Le Gabon dispose par ailleurs d’atouts significatifs : un positionnement géographique stratégique, des ressources naturelles abondantes, un niveau de revenu relativement élevé, des infrastructures en développement et une volonté croissante de diversification économique. Dans ce contexte, les opportunités existent pour les investisseurs capables d’adopter une vision de long terme.
Quels sont, selon vous, les éléments déterminants dans la stratégie d’investissement d’un fonds de capital-investissement ? Certains critères sont-ils privilégiés ?
La performance financière reste évidemment un objectif essentiel, mais elle n’est jamais le seul critère. Nous accordons une attention particulière à la qualité des dirigeants, à la solidité du modèle économique, au potentiel de croissance du marché, à la gouvernance et à la capacité de création de valeur de l’entreprise. Nous recherchons également des opportunités susceptibles de produire un impact économique tangible : création d’emplois, développement des chaînes de valeur locales, amélioration de la compétitivité ou contribution à la diversification économique. L’expérience montre que les entreprises les plus performantes sur le long terme sont souvent celles qui combinent ambition entrepreneuriale, gouvernance solide et discipline d’exécution.
Le capital-investissement est réputé être un placement risqué, mais offrant des opportunités de rendements généralement supérieurs à ceux des fonds à revenu fixe. Est-ce toujours le cas ?
Le capital-investissement implique effectivement un niveau de risque supérieur à celui des placements traditionnels.
Toutefois, ce risque s’accompagne d’un potentiel de création de valeur plus important lorsque les investissements sont sélectionnés avec rigueur et accompagnés activement.
Contrairement à une approche purement financière, le capital-investissement repose sur un travail continu d’amélioration de la gouvernance, de structuration de la croissance et d’accompagnement stratégique des entreprises. Les rendements ne sont donc pas automatiques. Ils sont le résultat d’une discipline d’investissement, d’une gestion rigoureuse des risques et d’une création de valeur active.
Dans quelle mesure le capital-investissement peut-il être un véritable levier de développement pour les pays africains ? Quelles sont les actions ou réformes à engager pour le promouvoir davantage ?
Le capital-investissement est bien davantage qu’un mécanisme de financement. Il permet d’accélérer la croissance des entreprises, d’améliorer leur gouvernance, de renforcer leur compétitivité et de faciliter la création d’emplois durables. Pour développer davantage cette industrie en Afrique, plusieurs priorités apparaissent clairement : renforcer les marchés financiers, encourager la participation des investisseurs institutionnels locaux, améliorer l’environnement des affaires, accompagner les entreprises dans leur préparation à l’investissement et développer les compétences spécialisées dans les métiers de la gestion d’actifs et de l’investissement.
L’Afrique n’a pas seulement besoin de davantage de capitaux ; elle a également besoin de davantage d’institutions capables de mobiliser efficacement ces ressources et de les orienter vers les secteurs les plus créateurs de valeur.
L’une des principales difficultés des fonds de capital-investissement reste la sortie des participations. Dans un contexte où les marchés de capitaux africains demeurent peu développés, comment anticipez-vous cette question et quelles solutions privilégiez-vous ?
La stratégie de sortie constitue un élément fondamental de tout investissement.
Dans les marchés africains, les introductions en bourse restent relativement limitées. Les sorties reposent donc principalement sur les cessions industrielles, les opérations de fusion-acquisition, les rachats par les fondateurs ou encore les cessions à d’autres investisseurs financiers. L’essentiel est de préparer la sortie dès l’entrée au capital. Une entreprise bien gouvernée, disposant d’états financiers fiables, d’une stratégie claire et d’une performance opérationnelle solide attirera naturellement davantage d’acquéreurs potentiels. La création de valeur et la préparation de la liquidité sont deux processus qui doivent être conduits simultanément.
Êtes-vous confiant sur les perspectives de développement du capital-investissement en Afrique, dans un contexte marqué par les conflits, les crises sécuritaires et la rareté des ressources financières ?
Oui, je reste fondamentalement optimiste. Les défis actuels sont réels et doivent être abordés avec pragmatisme. Cependant, les fondamentaux économiques du continent demeurent solides. Les besoins d’investissements dans les infrastructures, l’industrie, la santé, l’agriculture, l’énergie ou le numérique resteront considérables au cours des prochaines décennies. Dans le même temps, la montée en puissance des investisseurs africains et l’intégration progressive des marchés régionaux devraient favoriser l’expansion de l’industrie du capital-investissement. A mes yeux, la véritable question n’est pas de savoir si le capital-investissement a un avenir en Afrique.
La vraie question est de savoir comment construire davantage de plateformes d’investissement capables de mobiliser efficacement les capitaux africains et internationaux afin d’accompagner les entreprises qui façonneront l’économie du continent demain.









































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