ENTREPRISE

La Poste ivoirienne passe à la vitesse supérieure

En tant que Directeur général de La Poste de Côte d’Ivoire, Isaac Gnamba-Yao est en charge de la gestion de l’entreprise et poursuit ainsi l’objectif de faire croître sa valeur de manière durable, au bénéfice de son principal actionnaire, le Gouvernement ivoirien.
Avant de rejoindre La Poste de Côte d’Ivoire, M. Gnamba-Yao a travaillé comme principal chargé de comptes et comme gestionnaire des ventes chez i-mate Dubaï (fournisseur de Microsoft pour Windows Mobile) ainsi que chez diverses entreprises de télécommunication (Moov, Orange et MTN).
Nommé Président du Conseil d’administration de l’Union Postale Universelle (UPU) le 27 août 2021, lors du Congrès de l’Union Postale Universelle à Abidjan, M. Gnamba-Yao est diplômé de l’École de management et développement d’entreprise (MDE Business School).

Vous avez accédé à la Direction générale de la Poste de Côte d’Ivoire en 2016, à un moment où l’entreprise se trouvait dans une situation difficile. Quelles ont été vos premières mesures pour redresser la barre ?

Les premières mesures étaient déjà clairement indiquées dans le Plan de Redressement Opérationnel et Financier (PROF) et avaient pour objectifs deux choses : la réduction des charges et l’accroissement des revenus.
En termes de réduction des charges, il s’agit de la mise en œuvre du plan de départ volontaire que nous avons réalisé.
Cela a eu pour avantage de redynamiser les ressources humaines avec un savant déploiement du personnel, qui au passage a été largement rajeuni.
En termes d’accroissement des ressources, nous avons redynamisé la plateforme commerciale avec la rénovation de certaines agences, grâce à une politique de partenariat.
Dans le même temps, nous avons renforcé la flotte logistique pour accroître notre capacité opérationnelle.
Ensuite, progressivement, nous avons développé de nouveaux produits avec une forte implication du digital.

Comment jugez-vous l’environnement concurrentiel avec l’arrivée des entreprises privées dans le secteur ? Quels sont les axes sur lesquels La Poste ivoirienne doit encore faire des progrès pour rester dans la course ?

Il est vrai que le secteur postal a connu des réformes avec la mise en place d’un nouveau cadre juridique et réglementaire, qui a abouti à l’adoption d’une nouvelle loi postale en 2013.
Laquelle loi consacre l’ouverture à la concurrence, la désignation d’un régulateur et aussi l’attribution d’une licence d’exploitation à un opérateur désigné pour le service postal universel (SPU), en l’occurrence, La Poste de Côte d’Ivoire.
Toutes ces réformes sont, de notre point de vue, salutaires, dans la mesure où elles devraient permettre, de prime abord, d’améliorer la performance globale du secteur postal par une ouverture progressive du marché au secteur privé ; et ensuite d’assainir le secteur en extirpant de nos rangs ceux qui n’ont rien à y faire, donnant de ce fait lieu à une saine compétition entre opérateurs officiellement autorisés. Le problème pour nous n’est donc pas la concurrence.
Tant que cette concurrence reste loyale, elle demeure un élément de motivation et de d’auto-évaluation, susceptible de mettre le consommateur en confiance.
Mais encore faut-il que les règles de jeu soient respectées par tous, ou que l’arbitre ne ferme pas les yeux sur les abus et autres violations flagrantes de la réglementation.
En termes d’axes prioritaires, La Poste de Côte d’Ivoire ambitionne d’étendre le réseau postal en accélérant le déploiement massif de Points Relais Poste (agences postales franchisées) en collaboration avec d’autres opérateurs économiques : entrepreneurs particuliers et personnes morales.
L’objectif est de toucher toutes les couches de la société en vue de prendre en compte leurs besoins.
La couverture postale nationale soutiendra les actions gouvernementales en tout point de vue en favorisant davantage l’inclusion numérique, sociale et financière. Une manière efficace de lutter contre la pauvreté et réduire la fracture numérique.
Ensuite, nous renforcerons le plan d’acheminement afin de desservir chaque jour toutes les agences postales et donc de réduire le délai d’acheminement, améliorant ainsi la qualité de nos prestations.
Déjà, à ce jour, nous livrons la presse national et internationale dans toutes les principales localités du pays.
Cette action sera améliorée par le renforcement de la logistique postale, grâce à la construction d’entrepôts de stockage et de dispatching.
Elle sera soutenue par une mise à niveau totale de la plateforme informatique, ce qui permettra de soutenir le développement du e-commerce national.

La Poste est une entreprise étatique dont le développement dépend, en grande partie, de la volonté des pouvoirs publics et notamment du département de tutelle. Etes-vous sur la même ligne concernant les orientations stratégiques ?

La volonté des pouvoirs publics est clairement affichée car l’Etat a déjà pris de gros engagements ponctués par des mesures concrètes, tant dans le secteur en général que pour l’opérateur historique qu’est la Poste de Côte d’Ivoire. Je vous parlais tantôt du nouveau cadre juridique et réglementaire.
Il y a aussi le Plan de Redressement Opérationnel et Financier (PROF) adopté en janvier 2013 par le Conseil des Ministres, pour permettre à la Poste-CI d’être en situation de répondre aux besoins nouveaux d’un marché désormais très concurrentiel.
Nous sommes en phase avec la tutelle dans la mesure où le plan stratégique de relance que nous déployons repose sur ledit Plan de Redressement Opérationnel et Financier.
Il ne saurait en être autrement, puisque ce plan stratégique, déjà très en adéquation avec la lettre de politique sectorielle, est adopté par notre Conseil d’administration composé essentiellement d’administrateurs représentant l’Etat Actionnaire Unique.
Nous travaillons donc en synergie sur les questions d’orientations stratégiques.
Mais nous souhaitons que l’ensemble des démembrements de l’Etat, à savoir les ministères, les institutions, les services administratifs en général adhèrent à cette synergie pour faire aboutir notre projet de faire de la Poste, ce grand coursier de l’Etat.
Il s’agit pour eux de s’adresser à la Poste pour tous leurs besoins d’acheminement et de livraison de quelques plis que ce soit (colis, paquets, documents, etc.), au plan national comme international. Nous sommes les plus outillés sur ces segments de marché. C’est à ce prix que nous pourrons faire de la Poste le véritable outil de communication entre l’Etat et les populations.

Vous avez récemment été élu Président du Conseil d’administration de l’Union Postale Universelle, sous quel signe placez-vous cette désignation ? Et quel message comptez-vous y porter ?

Je pourrais vous répondre en disant que je ne place pas cette désignation sous un quelconque signe de performance personnel ou individuelle.
On le sait tous, c’est la Côte d’Ivoire qui a été désignée à travers ma modeste personne. Et à travers elle, il faut voir toute l’Afrique.
C’est pourquoi je réitère mes sincères remerciement à SEM. le Président de la République, Alassane OUATTARA pour le choix porté sur moi, à SEM. Patrick ACHI, Premier Ministre et à mon ministre de tutelle Monsieur Roger Félix ADOM, pour leur implication dans ce choix du Chef de l’Etat, mais aussi et surtout pour le succès du 27è Congrès postal tenu à Abidjan, du 10 au 27 août 2021.
Quel message y porter ? Je dirais c’est le message de toute la Poste mondiale que je vais y porter parce que je n’y serai pas en tant qu’Ambassadeur de la Côte d’Ivoire.
Mon rôle est celui de l’Organe que je préside, c’est-à-dire veiller à ce que la stratégie postale adoptée au 27ème Congrès tenu à Abidjan soit respectée durant tout le cycle 2021-2025. Au besoin, donner les orientations nécessaires y relatives. Évidemment, le succès de mon mandat rejaillira sur mon pays et ses plus hautes autorités dont je bénéficie du soutien.
Mais en même temps, je suis conscient que le plus important, c’est tout mettre en œuvre pour faire avancer la Poste sur les chantiers que toute la communauté postale mondiale a élaborés, pour le bonheur de tous.

L’inclusion financière est devenue en Afrique un enjeu majeur de développement, comment pensez-vous que l’institution postale pourrait y contribuer efficacement ?

Dans ce secteur, La Poste de Côte d’Ivoire constitue un vecteur irremplaçable pour l’accès des populations défavorisées et vivant en milieu rural ou péri-urbain aux services financiers de base.
La proximité de la Poste-CI avec les populations permettra d’accroître le taux de bancarisation de celles-ci, de renforcer la collecte de l’épargne domestique à destination de l’investissement, et d’offrir un support de consolidation des activités des institutions financières mutualistes.
Grâce à la bancarisation de ses services financiers, La Poste de Côte d’Ivoire pourra ainsi consolider sa part de marché global par un enrichissement de sa gamme de produits et services, et un renforcement de sa force de vente.
Il s’agira plus spécifiquement de favoriser le transfert d’argent à travers la digitalisation du Mandat Postal par le lancement de La Poste Money, solution de transfert d’argent au plan national ; développer une application caisse pour le paiement et la collecte de diverses prestations de l’Etat, des collectivités locales et des structures privées (impôts, taxes, contraventions, timbres Passeport, factures d’eau et d’électricité, caisses de prévoyance sociale, etc.).
Le 27ème Congrès que nous venons de tenir à Abidjan avait pour thème central « digitalisation des services postaux et développement du e-commerce ». Il faut comprendre à travers ce thème que la Poste est en train de devenir l’outil principal de développement capable d’interconnecter toutes les populations, y compris les plus reculées et les moins bancarisées, pour tous leurs besoins quotidiens.
In fine, il est question de faire de la Poste le levier incontournable dans l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD).

Propos recueillis par A.C. DIALLO

© Magazine BUSINESS AFRICA – 2022

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