C’est du moins ce qui ressort de l’interview de Mme Ndeye Khady NDIR, Directrice Commerciale et Marketing chez Myriad. Elle est en charge, entre autres responsabilités, des stratégies d’innovation et de digitalisation pour répondre aux défis technologiques que rencontrent les institutions financières en Afrique. Titulaire d’une Licence en génie électrique et informatique industrielle et d’un Master en management international, Mme NDIR a travaillé, sur les 15 dernières années, pour des entreprises telles que TotalEnergies, Orange, Cisco, Oracle ou Microsoft. Son domaine de compétences couvre un large éventail de technologies, notamment hardware, software, cybersécurité, technologie mobile pour le développement, paiements digitaux, etc.
Dans quels domaines l’interopérabilité est-il utilisé et quels sont ses principaux avantages ?
L’interopérabilité est un concept commun dans de nombreux domaines, mais qui prend une importance stratégique en Banques / Finances, puisque nous sommes dans un monde de plus en plus digitalisé, qui nécessite pour être efficace de connecter les systèmes des banques, des microfinances, des fintechs et des mobile money. Dans la zone UMOA, comme vous le savez, c’est le projet d’interopérabilité des systèmes financiers initié par la BCEAO qui ambitionne de transformer notre infrastructure des paiements régionale, en permettant un échange fluide et sécurisé entre tous les acteurs de l’écosystème. Grace à cela, les prestataires de services financiers pourront tirer parti de nouvelles opportunités de croissance et d’une infrastructure mutualisée et plus sécurisée. Quant aux usagers de ces services financiers, comme vous et moi, ils auront accès à des services diversifiés, en des délais et à des couts réduits, ce qui permettra de booster l’inclusion financière et d’avoir un accès universel aux services financiers essentiels.
Le partage des données dans un système interopérable ne comporte-il pas des risques ? Si oui lesquels ?
Le partage de nos données personnelles comporte toujours des risques.
Ainsi, en plus des autres défis, le défi sécuritaire doit être inévitablement surmonté pour réussir la transition vers un système financier totalement interopérable. De mon point de vue, la sécurité est vraiment une responsabilité collective.
Cela signifie que tous les acteurs qui accompagnent techniquement les prestataires de services financiers doivent garder à l’esprit et anticiper toutes les problématiques liées aux cyberattaques, à la confidentialité, aux erreurs de synchronisation des données, etc…Il est donc important pour se prémunir, de renforcer la sécurité des systèmes, d’utiliser des protocoles de chiffrement rigoureux et robustes et de respecter les réglementations sur la protection des données.
Comment la digitalisation des banques impacte-t-elle la relation avec client et sur les opérations ?
Myriad nourrit l’ambition forte de continuer à être le partenaire technique de référence de la transformation digitale des banques et institutions de microfinance en Afrique de l’Ouest et Centrale. Nous sommes convaincus que la digitalisation va continuer de révolutionner la manière dont les usagers des services bancaires interagissent avec leurs institutions financières. Quelques exemples d’impacts positifs me viennent à l’esprit. Nous pouvons désormais grâce à la banque digitale effectuer nos opérations à tout moment et en tout lieu, sans délais d’attente, donc l’expérience client s’est considérablement améliorée.
Nous avons un accès à une offre de produits et services toujours plus innovants et mieux adaptés à nos besoins spécifiques, grâce à l’analyse de données client.
Nous pouvons aussi entrer rapidement en contact avec notre banque, grâce aux nombreux canaux de communication digitaux. Coté banques, nos clients nous disent que la digitalisation a profondément transformé leurs opérations internes : l’automatisation des processus et la dématérialisation des documents réduisant leurs coûts opérationnels, leurs employés peuvent être plus efficaces, et réfléchir de manière plus innovante pour rester compétitifs.
Nous constatons aujourd’hui une forte digitalisation des banques africaines. Quels sont les enjeux de cette transformation digitale ?
La digitalisation des banques en général comporte plusieurs enjeux, dont certains ont été évoqués précédemment. Je voudrais souligner quelques défis spécifiques à notre écosystème africain qui drivent notre stratégie d’accompagnement des prestataires de services financiers, clients banques de Myriad. D’abord, nos banques traditionnelles font face à une rude concurrence de nouveaux acteurs fintech qui sont extrêmement agiles et proposent des services très innovants et adaptés aux vraies réalités des besoins sur le terrain. Résister à l’arrivée de ces acteurs reste un enjeu majeur pour nos clients, nous adoptons pour face à ce défi une approche de co-création / co-innovation qui donne naissance à de beaux projets. Ensuite, le développement de services bancaires digitaux nécessite des infrastructures robustes, sécurisées et surtout modulables, que nous fournissons via une offre fintech bien adoptée par des groupes télécoms et bancaires panafricains. Enfin, avancer main dans la main avec opérateurs de mobile money, fintech, agrégateurs de paiement, avec un esprit de co-pétition et non de compétition ne pourra que permettre une émulation positive dans l’écosystème et bénéficier à tous. Il nous tient à cœur d’organiser régulièrement des forums de partage comme le Connect & Meet d’Abidjan qui s’est tenu en Octobre dernier, pour réunir nos partenaires et clients pour échanger sur des thématiques stratégiques, comme l’interopérabilité des systèmes financiers.
On constate également que la fraude explose sous l’effet de l’accélération de la digitalisation des banques. Comment doivent-elles s’en prémunir ?
La digitalisation des services financiers a certainement ouvert la voie à de nouvelles formes de fraude contre lesquelles il est essentiel de mettre en place des mesures de sécurité à tous les niveaux, en combinant donc plusieurs approches pour réduire les risques. Au niveau de l’utilisateur, en plus de la nécessité de faire beaucoup de sensibilisation sur les bons réflexes en matière de sécurité, des mises à jour de sécurité régulières, des solutions d’authentification ou de protection comme le SIM SWAP que nous proposons aux banques, peuvent être très utiles. Les banques quant à elles doivent investir dans des systèmes de protection de données de leurs clients (firewalls, détection d’intrusion, chiffrement des données. alertes SMS en cas d’activité suspecte, etc), mais également former régulièrement leurs employés aux dernières techniques de fraude et aux mesures de sécurité à mettre en œuvre.
Propos recueillis par A.C. DIALLO – ©Magazine BUSINESS AFRICA
Laisser un commentaire