« Notre modèle est viable et notre stratégie porte ses fruits » Aïcha DOUCOURÉ HAÏDARA, Directrice Générale de SKY Mali

« Notre modèle est viable et notre stratégie porte ses fruits » Aïcha DOUCOURÉ HAÏDARA, Directrice Générale de SKY Mali

Tout d’abord, comment se porte SKY Mali dans le contexte actuel et quel bilan en dressez-vous depuis votre arrivée aux commandes de la compagnie ?

SKY Mali se porte bien et avance avec solidité. Depuis ma prise de fonction le 1er janvier 2024, après avoir occupé le poste de DGA en charge des finances et de l’administration, nous avons concentré nos efforts sur la stabilisation de l’exploitation, l’amélioration de la fiabilité de notre programme de vols et la qualité de l’expérience passager.
Malgré un environnement économique et sécuritaire exigeant, la compagnie a réussi à consolider ses performances et à optimiser ses coûts.
Aujourd’hui, SKY Mali est une entreprise résiliente et performante, qui enregistre des résultats bénéficiaires depuis trois exercices consécutifs.
C’est un signal fort : notre modèle est viable et notre stratégie porte ses fruits.
Je tiens d’ailleurs à saluer l’engagement remarquable de l’ensemble de notre personnel, qui travaille avec professionnalisme et dévouement pour garantir la continuité de nos opérations.
Je remercie également les autorités maliennes pour leur accompagnement constant, leur écoute et leur soutien dans un secteur aussi stratégique que le transport aérien. C’est grâce à cette mobilisation collective que SKY Mali continue d’avancer avec confiance.

Quels sont les grands axes qui guident votre stratégie ?

Notre stratégie repose sur trois piliers.
Le premier, c’est la fiabilité opérationnelle. Dans le transport aérien, la confiance se construit sur la régularité, la sécurité et la ponctualité. C’est notre priorité absolue.
Le deuxième pilier est l’optimisation économique. Nous avons engagé un travail rigoureux sur nos charges, notre productivité et la rentabilité de nos lignes.
Cette discipline nous permet de maintenir des tarifs accessibles tout en préservant l’équilibre financier de la compagnie.
Enfin, un axe essentiel est la desserte des grandes villes régionales du Mali.
Le pays est immense, avec des distances qui dépassent parfois 1 000 kilomètres entre Bamako et des villes comme Tombouctou ou Gao. Assurer cette connectivité intérieure est une mission stratégique : faciliter les déplacements, soutenir l’activité économique et offrir une alternative rapide et sûre aux trajets terrestres souvent longs et difficiles.
Notre vision est claire : être une compagnie utile au pays, performante économiquement et ancrée dans les besoins réels des populations.

La situation économique du Mali demeure encore difficile. Comment SKY Mali arrive-t-il à maintenir le cap malgré le faible pouvoir d’achat des populations ?

Nous évoluons dans un contexte où le pouvoir d’achat reste fragile, et SKY Mali en est pleinement consciente.
Pour maintenir le cap, nous adaptons notre modèle à la réalité du marché : une politique tarifaire accessible, une gestion rigoureuse de nos charges et une amélioration continue de notre taux de remplissage. Mais il faut aussi saluer la résilience remarquable des Maliens.
Malgré les difficultés économiques, ils continuent de se déplacer, de travailler, d’entreprendre et de faire vivre le pays.
Leur confiance dans le transport aérien national nous encourage à redoubler d’efforts pour offrir un service fiable, sûr et utile.
Je me souviens d’un vol Bamako–Gao, l’année dernière, où un passager m’a dit : « Sans SKY Mali, je mettrais deux jours pour faire ce trajet. Là, je peux travailler le matin à Bamako et être avec ma famille le soir à Gao ». Ce genre de témoignage rappelle pourquoi nous faisons ce métier.
Notre rôle est d’être un acteur de mobilité essentiel au désenclavement intérieur du Mali, capable d’accompagner cette résilience collective.
C’est en restant disciplinés, proches des besoins des populations et attentifs à l’évolution du marché que nous parvenons à maintenir notre trajectoire.

Le ravitaillement du Mali en carburant avait été, à plusieurs reprises, entravé par des actes de terrorisme, or le carburant est le premier poste de coûts directs pour une compagnie aérienne. Cela a-t-il eu des impacts sur le fonctionnement de SKY MALI ?

Oui, comme toutes les compagnies aériennes. Car comme vous le dites, le carburant représente le premier poste de coûts directs, et toute tension sur l’approvisionnement ou les prix a un impact immédiat sur nos opérations.
Nous avons dû ajuster certains programmes de vols, renforcer nos mécanismes d’anticipation et travailler étroitement avec les autorités et les fournisseurs pour sécuriser nos besoins. Grâce à cette coordination, SKY Mali a pu maintenir l’essentiel de ses opérations sans rupture majeure.

SKY Mali dessert depuis octobre 2025, Abidjan, la capitale ivoirienne. Cette nouvelle desserte tient-elle ses promesses ? Et envisagez-vous d’autres destinations sous régionales ?

La ligne Bamako–Abidjan connaît une montée en puissance progressive.
Elle s’inscrit dans une logique de connectivité régionale : Abidjan est aujourd’hui l’un des hubs les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, avec de nombreuses correspondances internationales.
Pour nos passagers, cette desserte crée de nouvelles possibilités : les voyageurs de Bamako peuvent désormais accéder plus facilement à des vols long courriers via Abidjan, et ceux de Côte d’Ivoire peuvent rejoindre Kayes, capitale de la première région minière du Mali, grâce à nos correspondances domestiques.
Je me souviens d’une discussion avec un responsable d’un groupe minier opérant entre Abidjan et Kayes.
Il m’a expliqué que la combinaison Abidjan–Bamako–Kayes avait réduit de manière significative les délais de déplacement de ses équipes.
Il m’a dit : « Votre aménagement des horaires nous permet d’être sur site en moins d’une journée. C’est un gain opérationnel énorme ».
Ce type de retour montre que le transport aérien n’est pas seulement une question de lignes, mais de chaînes de mobilité qui soutiennent directement l’activité économique.
Concernant de nouvelles destinations, nous avançons avec prudence.
Notre priorité est de consolider les lignes existantes, d’assurer leur rentabilité et de renforcer notre fiabilité avant toute expansion supplémentaire.
Toutefois, certaines destinations d’Afrique centrale, où la diaspora malienne est importante, sont envisagées dans un futur proche.

Selon l’IATA, les compagnies aériennes africaines ont enregistré une progression de 7,8 % de leur trafic passagers sur l’année 2025.
Mais les écarts sont importants selon les pays. Quels sont d’après vous, vous les principaux freins à l’essor du transport aérien en Afrique ?

Le transport aérien africain progresse, mais plusieurs freins structurels persistent : le coût élevé des taxes et redevances, le prix du carburant, la faiblesse des infrastructures dans certains pays, et la fragmentation du marché.
La récente décision de la CEDEAO d’alléger prochainement certaines taxes pour réduire le prix du billet est une avancée importante.
Elle va dans le sens d’un marché plus accessible et plus compétitif.
Cette mesure est positive car elle allège une partie de la pression tarifaire sur les voyageurs et soutient la demande dans un contexte de pouvoir d’achat fragile.
Mais même avec ces évolutions, les compagnies doivent rester disciplinées et innovantes pour maintenir leur compétitivité.

Selon vous, en quoi la libéralisation du ciel intra-africain, grâce à la création d’un marché aérien unique et unifié, serait une avancée majeure ?

La libéralisation du ciel africain est un chantier engagé depuis la Décision de Yamoussoukro et renforcé par le Marché Unique du Transport Aérien Africain (MUTAA).
L’objectif est clair : créer un espace aérien ouvert, intégré et compétitif. Mais la mise en œuvre reste inégale.
Certains États appliquent pleinement les engagements, d’autres maintiennent des restrictions bilatérales qui limitent la fluidité du marché.
Un ciel réellement libéralisé permettrait une réduction des coûts, une meilleure connectivité, une augmentation du trafic et une compétitivité accrue des compagnies africaines.
Pour SKY Mali, ce serait une opportunité stratégique : plus de flexibilité, plus de routes possibles, et une meilleure viabilité économique des lignes régionales.

Dernière question, vous êtes la première femme à diriger une compagnie aérienne au Mali. Dans votre gestion quotidienne, être une femme est plutôt un atout ou un défi ?

Être la première femme à diriger une compagnie aérienne au Mali est à la fois un honneur et une responsabilité.
C’est un défi, parce que le secteur aérien reste très exigeant et traditionnellement masculin.
Mais c’est aussi un atout, car cela me permet d’apporter une sensibilité managériale différente, fondée sur l’écoute, la rigueur et la recherche de stabilité opérationnelle.
Au quotidien, je ne me définis pas par mon genre, mais par ma capacité à prendre des décisions, à fédérer les équipes et à garantir la sécurité et la performance de la compagnie.
Si mon parcours peut encourager d’autres femmes à viser des postes de direction, alors c’est une fierté supplémentaire.

Propos recueillis par A.C. DIALLO – ©Magazine BUSINESS AFRICA

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