Diplômée en Audit et contrôle de Gestion de lESG Paris, Massetou TRAORE est un pur produit du secteur bancaire, dans lequel elle exerce depuis plus d’une quinzaine d’années. C’est à Citibank Côte d’Ivoire qu’elle débute le métier de banquier, au plus bas de l’échelle, en back-office aux opérations. Puis progressivement elle gravit les échelons en passant par des fonctions de middle office, ensuite manager chez Ecobank Côte d’Ivoire avant d’avoir l’opportunité de poursuivre sa carrière à l’international chez Ecobank Paris. De retour en Côte d’Ivoire, elle assume les fonctions de Vice-Présidente puis Senior Vice-Présidente, Directrice Régionale Corporate Trade pour l’Afrique de l’Ouest & Centrale chez Citibank. En Janvier 2024, elle rejoint le Groupe NSIA en tant que Directrice Générale Adjointe, pour appuyer le Directeur Général, M. Léonce YACE dans la poursuite de la réalisation des grandes ambitions qu’il a pour cette banque Ivoirienne de premier rang. INTERVIEW
Selon vous, existe-t-il un management spécifiquement féminin ? Si Oui, quelles seraient ses caractéristiques ?
J’ai entendu plusieurs fois durant ma carrière dire que les femmes ont un management différent de celui des hommes et plus particulièrement les femmes africaines, qui sont jugées un peu plus agressives dans leurs façons d’aborder les choses. Ma position sur cette question est assez simple, il n’y a pas de management spécifiquement féminin ni masculin ou encore africain ou occidental. Chaque manager homme ou femme adopte un management unique, qui est guidé par son éducation, son parcours, le milieu dans lequel il/elle évolue, ses convictions, ses valeurs et surtout sa vision. Je suis néanmoins en phase avec ceux qui disent qu’on retrouve des caractéristiques communes chez la plupart des femmes tel que le sens du détail, l’implication personnelle, la capacité à gérer plusieurs choses en même temps, mais aussi le côté émotionnel. Toutes ces caractéristiques, quand bien même communes à bon nombre de femmes, ne suffisent pas à définir ou catégoriser leur style de management. Les valeurs, l’environnement et l’ambition propre à chaque manager sont ce qui, selon moi, détermine le type de management adopté par un homme ou par une femme.
Quelle appréciation générale avez-vous sur l’évolution des femmes dans le top management des établissements bancaires et financiers en Afrique et plus spécifiquement en Côte d’Ivoire ?
On peut tous s’accorder sur le fait que le nombre de femmes managers dans les entreprises est resté bien longtemps très faible, particulièrement dans nos pays africains où le taux d’alphabétisation et d’instruction des jeunes filles a mis beaucoup de temps à progresser. Ce constat est, de mon point de vue, plus prononcé dans le milieu financier qui a longtemps été considéré comme l’affaire des hommes. Cependant, depuis une dizaine d9années maintenant, la tendance a changé.
La première femme Présidente de Conseil d’administration de banque en Côte d’Ivoire, Mme Lala Moulaye, a été nommée en 2014, de quoi donner de l’espoir aux femmes ambitieuses. Aujourd’hui, les femmes s’expriment, montrent leurs compétences, sont moins timides et travaillent à bâtir une carrière.
La tendance a donc effectivement changé. Les femmes dans le milieu financier se voient confier de plus en plus des postes de managers. L’accès aux postes du top management par les femmes, en revanche, est un peu plus lent. Cela dit, des groupes comme NSIA se démarquent et j’en suis l’exemple parfait avec ma nomination au poste de Directrice Générale Adjointe de NSIA Banque Côte d’Ivoire. Notre comité de direction est également riche de plusieurs femmes talentueuses qui apportent leurs pierres à l’édifice. J’en profite pour encore une fois saluer la vision de mon Directeur Général ainsi que celle du groupe NSIA qui propulsent l’institution à de hauts niveaux et véhiculent des valeurs de diversité et d’éthique au sein du groupe.
Quels sont, selon vous, les principaux obstacles à cette émergence ?
Il faut reconnaitre que les mentalités ont beaucoup évolué et qu’il n’est plus choquant pour personne de voir des femmes à des postes de management et ce, quel que soit le domaine d’activité dans lequel elles évoluent, domaine bancaire, pétrolier, informatique, transport, mines, etc.. Mieux encore, les entreprises favorisent de plus en plus la diversité. Cela pour dire que le tapis est déroulé pour les femmes. Celles qui veulent se faire une place doivent saisir les opportunités qui s’offrent à elles, oser relever des défis, mais aussi se former afin d’être des expertes dans leurs domaines d’activité. Selon moi, le principal obstacle aujourd’hui c’est celui que se mettent les femmes elles-mêmes, les empêchant ainsi de gravir plus facilement et beaucoup plus vite les échelons.
Avez-vous des pistes de solutions pour lever ces obstacles ?
Lever cet obstacle, pour ma part, passe par la prise de conscience des femmes du rôle important qu’elles jouent dans les entreprises et de la nécessité d’avoir ce mixte hommes/femmes au top management des entreprises afin d’assurer la diversité et de bénéficier des qualités exceptionnelles de dirigeantes. Tout part de cet éveil de conscience, qui motivera les femmes à oser plus et prétendre à plus. Bien sûr un accompagnement est nécessaire afin de faciliter tout cela. Chez NSIA, nous offrons des solutions de financement dédiées aux entreprises dirigées par des femmes.
En plus du financement, nous sommes accompagnés d’experts qui apportent une assistance technique à ces femmes dirigeantes. Le but pour nous étant d’encourager les femmes entrepreneurs à créer leurs entreprises et à les diriger aussi bien que le font les hommes. Nous en avons la capacité !
Tout le monde s’accorde à dire que le management féminin est bénéfique pour les entreprises. Pourquoi alors, les conseils d’administration tardent-ils à le promouvoir au sein de leurs organisations ?
Les femmes ont effectivement beaucoup de qualités à mettre au service des entreprises. Même si les choses évoluent moins vite à ce niveau comme je le disais précédemment, l’opportunité est aujourd’hui offerte aux femmes de prouver ce qu’elles valent. Afin de retenir l’attention et de faire en sorte que le choix se porte sur elles pour être nommées dirigeantes, elles doivent montrer qu’elles en veulent plus. Dans le milieu professionnel, les femmes se contentent bien souvent de ce qui leur est offert, sans se battre pour obtenir ce qu’elles veulent. Les hommes ont toujours occupé ces postes. C’est à nous à présent de faire bouger les choses et de nous positionner pour en faire autant, surtout que l’opportunité est de plus en plus donnée aux femmes d’y arriver.
Au regard de votre propre expérience, à quoi attribuez-vous, fondamentalement, votre progression jusqu’à votre nomination comme D.G.A de NSIA Banque Côte d’Ivoire ?
Il appartient à chacun de nous de bâtir et d’orienter sa carrière. Pour ma part, j’ai pris des risques calculés, en opérant des changements tant au niveau des positions que j’ai occupées, qu’au niveau de mes employeurs. Diplômée en Audit et Contrôle de gestion, c’est au Service des Ressources Humaines que je débute mon expérience professionnelle chez Citibank en tant que stagiaire. Malgré mon background académique et mes ambitions, j’ai accepté ensuite de commencer en bas de l’échelle en back-office aux opérations, afin d’apprendre le métier de banquier. Au bout de quatre années à faire le tour au niveau des opérations, j’ai pris le pari de réorienter ma carrière en Commerce International chez Ecobank CI. Ces choix peuvent paraitre risqués, mais c’est eux qui ont facilité ma progression. D’autres femmes se seraient contentées de ce qui leur était offert sans se challenger. J’ai donc accepté des challenges et fait des choix difficiles en acceptant une expatriation en France, me séparant ainsi de mon époux pour quelques années. Tous ces choix m’ont forgé. Ils m’ont donné une capacité d’adaptation et une certaine polyvalence. Ils m’ont surtout permis de gravir rapidement les échelons. Durant ma carrière, j’ai eu l’avantage de bénéficier de plusieurs formations sur le commerce international, la gestion de la trésorerie et de la liquidité, le financement islamique, etc… J’incite donc les femmes ayant l’ambition de devenir des dirigeantes, de ne pas craindre de prendre des risques (risques mesurés je précise), d’accepter de se challenger, de saisir les opportunités quand elles se présentent et de se former continuellement. Je suis assez fière des choix que j’ai faits et qui me permettent aujourd’hui d’être la Directrice Générale Adjoint d’une banque du top 3 en Côte d’Ivoire.
Comment, en tant que femme, votre management est-il perçu au quotidien par vos collaborateurs ?
J’adapte mon management aux différents profils de collaborateurs que j’ai.
Certains sont très autonomes, d’autres ont besoin de plus d’accompagnement. Mais ce qui reste invariable dans les retours que j’ai de mes collaborateurs au sujet de mon management, c’est que je suis « pushy » et accessible. Je fonce, je recherche des résultats rapides, je pousse énormément les équipes à l’atteinte des objectifs.
Mes collaborateurs disent également de moi que je ne m’inscris pas dans le formalisme. J’essaie d’être le plus accessible possible et cela facilite en général la collaboration avec les équipes et me permet dans une banque comme NSIA Banque C.I qui a pratiquement 1 000 employés, de favoriser la remontée d’informations nécessaires au pilotage de l’activité, mais également de m’assurer que la stratégie de la Direction Générale est bien relayée au niveau de toutes les équipes.
Travailler dans une banque est très prenant. Comment arrivez-vous à concilier vie professionnelle et vie familiale ?
Déjà, il est important de rester motivé par rapport au poste qu’on occupe. Et pour cela, il ne faut pas accepter la monotonie et ne pas se mettre non plus dans une zone de confort. Il faut se challenger continuellement. Quand la motivation y est, cela nous tient en haleine.
L’autre défi sera donc de concilier cela avec la vie de famille, ce qui peut être difficile pour les femmes surtout si elles n’ont pas le soutien dont elles ont besoin à la maison pour continuer à progresser. Je dois dire que tout ce que j’ai réussi à accomplir jusqu’à ce jour dans ma carrière a été possible en grande partie parce que j’ai un époux compréhensif qui me soutient et me pousse à faire mieux chaque jour. Cela m’équilibre. La famille est le socle qui vous permettra de recharger vos batteries afin d’embrasser plus d’opportunités.
Il va sans dire que cette famille a besoin de notre présence et de notre attention. Il faut donc privilégier les moments de qualité avec sa famille quand cela est possible.
Rien n’est linéaire et pour moi il n’existe pas d’équilibre parfait entre vie professionnelle et vie de famille.
Il y a des moments où la famille passe avant, d’autres où les opportunités de carrière prendront le dessus, surtout quand on en veut plus. L’équilibre ici pour moi c’est de pouvoir rattraper les bons moments avec sa famille dès qu’on peut, afin de ne pas créer de vide. Il est très important d’avoir une bonne organisation afin de s’assurer que tout est pris en charge à la maison pour satisfaire aux besoins de la famille.
Quels conseils donnerez-vous à vos soeurs ou filles qui débutent leur carrière dans un établissement financier ?
Les habitudes nous collent à la peau. Le conseil que je donne est autant pour les hommes que pour les femmes. Le milieu financier est un milieu où la réputation est trop importante à préserver. Les habitudes que nous prenons au début de notre carrière nous suivent tout au long de notre parcours et finissent par nous coller à la peau. Pour les femmes particulièrement, il y a cette confiance aveugle qu’on veut bien nous accorder de façon générale pour ce qu’on incarne en tant que femmes. Nous devons mériter cette confiance en adoptant les bonnes habitudes et attitudes dès le début de notre carrière professionnelle. Il faut faire des choix, se challenger, ne pas rester dans une zone de confort, montrer qu’on en veut plus et se former tout au long de notre parcours. Le défi est double pour nous les femmes, car réussir le mariage vie professionnelle & vie familiale n’est pas chose facile.
Cela demande des concessions, le dépassement de soi, de l’organisation et surtout d’entretenir des relations familiales qui nous permettront de puiser des forces en eux pour rester équilibrées pendant qu’on progresse dans notre carrière.
Propos recueillis par A.C. DIALLO – ©Magazine BUSINESS AFRICA
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