De formation math├®matique ├á la base, Jos├® DIE est dipl├┤m├® Ing├®nieur Statisticien Economiste (ISE) ÔÇô Sp├®cialit├® Finance de March├® & Actuariat de lÔÇÖEcole Nationale Sup├®rieure de Statistique et dÔÇÖEconomie Appliqu├®e (ENSEA) dÔÇÖAbidjan en 2003 et titulaire dÔÇÖun CESA Management du Programme Executive Education de HEC Paris obtenu en 2015. Il totalise plus dÔÇÖune quinzaine dÔÇÖann├®es dÔÇÖexp├®rience sur les march├®s financiers internationaux et dans les secteurs bancaire et financier en Afrique Subsaharienne (y compris au sein dÔÇÖautorit├®s de r├®gulation) et en Europe. En effet, sa carri├¿re commence v├®ritablement au Si├¿ge de la BCEAO ├á Dakar quÔÇÖil int├¿gre en mai 2004 avec une br├¿ve exp├®rience en banque et en compagnie dÔÇÖassurance-vie en C├┤te dÔÇÖIvoire entre 2002 et 2004. De 2004 ├á 2011, M. DIE a occup├® successivement au sein de la Banque Centrale, les fonctions de Charg├® dÔÇÖEtudes statistiques et actuarielles (2004 -2006) ├á la Direction des Ressources Humaines puis Trader sur produits de taux & change et FX Reserves Portfolio Manager (Janv. 2007- Nov. 2011) ├á la Salle des March├®s. Apr├¿s plus de sept (7) ann├®es pass├®es ├á Dakar, il rejoint le Groupe BGFIBank en d├®cembre 2011 o├╣ il gravira les ├®chelons, passant de Tr├®sorier de la filiale en C├┤te dÔÇÖIvoire (D├®c. 2011 ÔÇô Sept. 2014) ├á Directeur de lÔÇÖALM et de la Tr├®sorerie au Si├¿ge du Groupe ├á Libreville (Gabon) de 2014 ├á 2017. Apr├¿s avoir regagn├® la C├┤te dÔÇÖIvoire, il int├¿gre, en mars 2018, le Groupe Soci├®t├® G├®n├®rale au sein de la Direction R├®gionale Afrique de lÔÇÖOuest en tant que Responsable R├®gional ALM & Tr├®sorerie charg├® de la conception et la mise en ┼ôuvre du Projet de centralisation ALM & Tr├®sorerie en Afrique de lÔÇÖOuest. Depuis le 1er septembre 2020, Jos├® DIE est le Directeur G├®n├®ral de Soci├®t├® G├®n├®rale Capital Asset Management West Africa (SG CAM WA). A ce titre, il supervise les activit├®s dÔÇÖAsset Management mais ├®galement les activit├®s de Research & Advisory pour tout le P├┤le March├®s Financiers & Financements Structur├®s au sein de la Direction R├®gionale Afrique de lÔÇÖOuest du Groupe SG.
En quoi consiste le m├®tier de gestionnaire dÔÇÖactifs, quelles sont ses sp├®cificit├®s et comment est-il r├®gul├® en zone UEMOA ?
Le gestionnaire dÔÇÖactif est un professionnel de la finance qui propose des services dÔÇÖinvestissement ├á ses clients. Il investit principalement dans des actifs financiers, via une d├®marche structur├®e, avec pour objectif dÔÇÖaccro├«tre durablement le patrimoine de ses clients, en prenant un risque qui est d├®fini pr├®alablement. Les clients peuvent b├®n├®ficier du service dÔÇÖinvestissement sous deux principales modalit├®s, ├á savoir, la gestion collective, et la gestion d├®l├®gu├®e (ou gestion sous mandat). La gestion collective consiste ├á regrouper les apports en capitaux de plusieurs clients au sein dÔÇÖun v├®hicule dÔÇÖinvestissement commun (appel├®s Organismes de Placement Collectif) qui investit ├á son tour dans les actifs financiers. Cette forme de gestion r├®pond principalement aux besoins des petits investisseurs. La gestion d├®l├®gu├®e consiste, quant ├á elle, en un contrat par lequel un client donne mandat ├á un gestionnaire dÔÇÖactif pour g├®rer son portefeuille dÔÇÖinvestissement, de mani├¿re discr├®tionnaire, et selon des modalit├®s sp├®cifiques. Cette forme de gestion dÔÇÖactif convient particuli├¿rement aux clients institutionnels et aux personnes physiques poss├®dant un patrimoine ├®lev├®. En zone UEMOA, la gestion dÔÇÖactif et plus pr├®cis├®ment la gestion collective, fait lÔÇÖobjet dÔÇÖune double r├®glementation. Premi├¿rement, lÔÇÖexercice de lÔÇÖactivit├® de soci├®t├® de gestion dÔÇÖOPCVM est subordonn├®e ├á lÔÇÖobtention dÔÇÖun agr├®ment d├®livr├® par le Conseil r├®gional de lÔÇÖEpargne Public et March├®s Financiers (CREPMF), apr├¿s analyse des moyens humains, techniques et financiers de la soci├®t├®. Deuxi├¿mement, la constitution dÔÇÖun OPC est ├®galement subordonn├®e ├á lÔÇÖobtention dÔÇÖun agr├®ment du CREPMF, apr├¿s analyse de la note dÔÇÖinformation, du r├¿glement et de leur coh├®rence avec le dispositif r├®glementaire en la mati├¿re.
Dans quelles mesures, la gestion d’actifs peut-elle ├¬tre un des instruments de la croissance ├®conomique ?
La gestion dÔÇÖactif, en tant que canal privil├®gi├® de mobilisation de lÔÇÖ├®pargne, contribue ├á lÔÇÖinvestissement du capital dans les acteurs ├®conomiques, et donc in fine, ├á la croissance ├®conomique. En outre, les d├®cisions dÔÇÖinvestissement du gestionnaire dÔÇÖactif ont pour but dÔÇÖoptimiser lÔÇÖallocation du capital dans lÔÇÖ├®conomie. En effet, les gestionnaires dÔÇÖactifs, en tant quÔÇÖinvestisseurs professionnels, sont experts dans lÔÇÖart dÔÇÖidentifier les secteurs, et les entreprises dÔÇÖavenir. Concr├¿tement, lÔÇÖindustrie de gestion dÔÇÖactif a une r├┤le dÔÇÖinterm├®diation entre les agents qui ont des sommes ├á investir et ceux qui cherchent des moyens pour se financer. En intervenant sur le march├® des actions et sur celui de la dette, les gestionnaires dÔÇÖactifs financent lÔÇÖ├®conomie r├®elle. De plus, en acqu├®rant des titres obligataires souverains, les v├®hicules de placements collectifs permettent de financer lÔÇÖactivit├® des ├®tats, et les outils de relance ├®conomique en tant de crise.
Le m├®tier de gestionnaire dÔÇÖactifs tarde ├á se d├®mocratiser, notamment en Afrique francophone, quelles en sont, selon vous, les causes ? Comment y rem├®dier ?
LÔÇÖune des causes fondamentales reste une culture financi├¿re insuffisante des populations. Les d├®p├┤ts bancaires demeurent les principaux produits financiers auxquels les m├®nages sont accoutum├®s, en t├®moigne le ratio d├®p├┤ts sur PIB, qui sÔÇÖ├®levait ├á 35% ├á fin 2019, contre seulement 0,74% pour le ratio actif sous gestion sur PIB. LÔÇÖautre raison est sans doute la faible envergure de la collecte des principaux investisseurs institutionnels locaux que sont les fonds de pensions, et les compagnies dÔÇÖassurance. En effet, les actifs en conservations attribuables aux investisseurs institutionnels ne repr├®sentent que 6,28% du PIB ├á fin 2019. La d├®mocratisation de lÔÇÖindustrie de la gestion dÔÇÖactif passera n├®cessairement par une plus grande p├®dagogie sur les march├®s financiers aupr├¿s des populations. Ces actions de p├®dagogie devraient r├®sulter de lÔÇÖaction conjointe et concert├®e des professionnels du march├® financier et des autorit├®s de r├®gulation. Aussi, les gouvernements de la zone pourraient-ils durablement encourager lÔÇÖ├®pargne par les march├®s financiers, et donc lÔÇÖindustrie de la gestion dÔÇÖactifs, ├á travers des mesures fiscales incitatives. La vulgarisation des produits dÔÇÖassurance vie, ainsi que la structuration dÔÇÖune v├®ritable industrie de gestion des retraites (via la lib├®ralisation du m├®tier de gestionnaire de fonds de pension) devraient ├®galement contribuer au d├®veloppement de la gestion dÔÇÖactif dans la zone UEMOA.
G├®rer des actifs financiers suppose quÔÇÖil y ait une ├®pargne, quels sont vos suggestions pour une meilleure mobilisation de lÔÇÖ├®pargne locale ?
Il faut d├®j├á identifier les causes de la faible mobilisation de lÔÇÖ├®pargne dans nos ├®conomies africaines qui sont de 3 ordres ├á savoir┬á: Au niveau macro-├®conomique┬á: la forte d├®pendance de nos ├®conomiques aux financements ext├®rieurs┬á; ┬áAu niveau institutionnel┬á: le recours croissant aux financements priv├®s ext├®rieurs┬á; Au niveau micro-├®conomique┬á: La pr├®pond├®rance du secteur informel & la vuln├®rabilit├® sociale.
Pour venir ├á bout de ces trois (3) probl├®matiques majeures, il faut┬ád├®finir la mobilisation de lÔÇÖ├®pargne comme priorit├® strat├®gique, ensuite am├®liorer le cadre institutionnel de la collecte de lÔÇÖ├®pargne et enfin acc├®l├®rer le d├®veloppement des march├®s financiers locaux et investir dans lÔÇÖinnovation et les technologies.
Vous ├¬tes ├á la t├¬te dÔÇÖune filiale africaine de gestion dÔÇÖactifs appartenant ├á un grand groupe financier ├®tranger. Cela est-il un avantage pour le client ? si oui, pourquoi ?
Ce nÔÇÖest pas tant le fait quÔÇÖil sÔÇÖagisse dÔÇÖun grand groupe financier ├®tranger qui est un avantage pour le client. Le v├®ritable avantage pour le client est quÔÇÖil sÔÇÖagit du Groupe Soci├®t├® G├®n├®rale ! LÔÇÖAfrique, et plus particuli├¿rement la zone UEMOA, demeure au c┼ôur de la strat├®gie du Groupe qui y est pr├®sent depuis maintenant plus de 100 ans ! Ce lien historique, ├á lui seul, est un gage de s├®curit├®, et de confiance pour la client├¿le au niveau des produits bancaires classiques, et bien plus au niveau des produits dÔÇÖinvestissements relativement sophistiqu├®s. CÔÇÖest notamment cette confiance qui explique la position de leader du groupe dans le secteur bancaire ouest africain francophone. LÔÇÖautre avantage pour le client de notre affiliation au Groupe Soci├®t├® G├®n├®rale est lÔÇÖassurance dÔÇÖune large palette de services dÔÇÖinvestissement aux meilleures standards internationaux, gr├óce ├á des processus agiles d├®ploy├®s dans un environnement de risque ma├«tris├®.
Derni├¿re question, lÔÇÖann├®e 2020 a ├®t├® marqu├®e par la pand├®mie du Covid19. En tant quÔÇÖobservateur privil├®gi├® de lÔÇÖactivit├® ├®conomique, ├á quelle ├®ch├®ance peut-on esp├®rer une relance de lÔÇÖ├®conomie dans la zone UEMOA et quelles sont, selon vous, les mesures fortes ├á prendre pour y parvenir ?
Il faut reconna├«tre que lÔÇÖAfrique en g├®n├®ral, et la zone UEMOA en particulier, ont fait preuve dÔÇÖune r├®silience remarquable vis-├á-vis de la crise sanitaire mondiale engendr├®e par la pand├®mie du COVID 19. Contrairement au reste du monde, la crise sÔÇÖest av├®r├®e relativement contenue tant en terme de nombre de cas diagnostiqu├®s, quÔÇÖen terme de l├®talit├® g├®n├®rale de la maladie, d├®montrant une certaine r├®silience de lÔÇÖAfrique Sub-saharienne hors Afrique du Sud. Sur le continent, au regard des exp├®riences des r├®centes pand├®mies (Ebola en 2014 notamment) la proactivit├® des gouvernements au travers des mesures drastiques de soutien ├á lÔÇÖ├®conomie a permis de minimiser les impacts de la crise sanitaire sur lÔÇÖ├®conomie, toutefois de fa├ºon disparate dÔÇÖune zone ├á lÔÇÖautre. En effet, la croissance pour la Zone UEMOA en 2020 est attendue ├á 0,3% contrairement ├á la r├®cession ambiante dans dÔÇÖautres pays comme le Nig├®ria et lÔÇÖAfrique du Sud. Au regard de la r├®surgence des cas en ce d├®but dÔÇÖann├®e, les mesures de politiques mon├®taires et budg├®taires de soutien ├á lÔÇÖ├®conomie mais aussi de renforcement de la vigilance des mesures sanitaires devraient se poursuivre afin de permettre une reprise soutenue et un retour ├á une croissance positive en 2021. Cette perspective est dÔÇÖautant plus renforc├®e avec la d├®couverte du vaccin. A cet effet, le taux de croissance du PIB de la zone UEMOA est projet├® ├á 5,3% en 2021, augurant dÔÇÖune reprise vigoureuse de lÔÇÖ├®conomie.
Propos recueillis par A.C. Diallo
┬® Magazine BUSINESS AFRICA – 2021
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