Yacouba TRAORE pr├®side l’Ordre National des Experts-Comptables et Comptables Agr├®├®s du Burkina Faso (ONECCA BF). Il incarne et pr├┤ne une vision nouvelle de la profession, plus moderne mais aussi plus m├®ritocratique, comme lÔÇÖatteste dÔÇÖailleurs son propre parcours. A la suite de l’obtention de sa ma├«trise en sciences de gestion ├á l’universit├® de Ouaga, Yacouba TRAORE int├¿gre un cabinet comptable de la place tout en poursuivant ses ├®tudes. Apr├¿s une dizaine d’ann├®es de pratique, il d├®cide de faire de l’expertise comptable son m├®tier. Pour ce faire, il obtient le Dipl├┤me d’├®tudes sup├®rieures de comptabilit├® et gestion financi├¿re (DESCOGEF) puis effectue 3 ans de stage en cabinet pour avoir l’exp├®rience professionnelle requise et finit par obtenir le Dipl├┤me d’expertise comptable et financi├¿re (DECOFI), ultime s├®same pour embrasser la profession. Il ouvre son cabinet en 2012, non sans difficult├®s au d├®marrage mais lÔÇÖavenir lui donnera raison.Elu le 24 octobre 2020, ├á lÔÇÖunanimit├® par ses pairs, Pr├®sident de l’ONECCA BF, Yacouba TRAORE sait que sa t├óche ne sera pas de tout repos mais lÔÇÖhomme sait faire de la place au collectif. INTERVIEW
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur l’ONECCA du Burkina Faso, que vous pr├®sidez depuis octobre 2020 ?
L’ONECCA-BF existe de fa├ºon formelle depuis 1996. C’est une organisation qui est un corps constitu├® de l’Etat.
Ce n’est donc pas une association, mais un ordre professionnel qui a en charge la mission de veiller sur un int├®r├¬t public, dans le cas pr├®sent la qualit├® de l’information financi├¿re. Pour ce qui est de sa gouvernance, lÔÇÖOrdre dispose dÔÇÖ une Assembl├®e g├®n├®rale qui est souveraine, en dessous de laquelle existe un Conseil national de l’Ordre constitu├® de douze membres et qui officie comme un conseil d’administration.
Enfin il y a un Bureau de l’Ordre qui s’occupe de l’op├®rationnel et assure la gestion quotidienne.
Ce bureau est compos├® de cinq membres : un pr├®sident, deux vice-pr├®sidents, un secr├®taire g├®n├®ral et un tr├®sorier.
Je voudrais toutefois ajouter que nous avons plusieurs d├®membrements du Conseil, constitu├®s sous forme de commissions sp├®cialis├®es qui ├®tudient des th├®matiques pr├®cises et rendent compte au conseil.
Le mandat du Bureau et du Conseil est de trois ans, renouvelables une fois pour favoriser l’alternance.
Y a t-il une sp├®cificit├® burkinab├¿ dans l’exercice de la profession d’expert-comptable ?
Notre profession est exerc├®e au Burkina Faso comme partout dans le monde, pour la simple raison que la mati├¿re qui a pr├®valu ├á la mise en place des Ordres, ├á savoir la qualit├® et la fiabilit├® de l’information financi├¿re, est universelle. Cette qualit├® et cette fiabilit├® ne sauraient souffrir de couleurs locales.
Du reste, nous avons adh├®r├® ├á la f├®d├®ration internationale des comptables (IFAC) pour porter au plus haut niveau possible lÔÇÖexercice professionnel garant de la qualit├® de cette information financi├¿re.
De ce fait nous exer├ºons le m├®tier comme partout ailleurs et nous appliquons les m├¬mes normes qu’aux ├ëtats-Unis ou en Europe.
Est-ce que les entreprises au Burkina Faso per├ºoivent la valeur ajout├®e de l’expert-comptable ?
Cela d├®pend de la cat├®gorie ├á laquelle l’entreprise appartient.
Si l’on prend par exemple le secteur financier, c’est ├á dire les banques, les assurances et les institutions de micro finance, il y a un recours sans difficult├® ├á l’expert-comptable. Il en est de m├¬me pour, par ailleurs, pour certaines cat├®gories sp├®cifiques telles que les filiales des groupes internationaux, les soci├®t├®s dÔÇÖEtat et les grandes mines.
Mais dans le secteur de la micro entreprise il y a plus de r├®ticence, car les dirigeants estiment que la production de l’information financi├¿re est faite plus pour lÔÇÖadministration fiscale que pour am├®liorer leur gestion.
Cela nuit consid├®rablement ├á la perception qu’ils peuvent avoir du r├┤le de l’expert-comptable.
Quelles sont, selon vous, les actions concrètes à mener pour inverser cette tendance ?
Avec le nouveau leadership de l’Ordre, nous avons mis en place un plan strat├®gique qui comporte un volet communication institutionnelle dont les actions permettront, ├á mon sens, de mieux faire comprendre notre mission.
Quelles sont les contraintes majeures que vous observez dans l’exercice de la profession dÔÇÖexpert-comptable ?
Une des contraintes concerne la conception, la production ou la v├®rification des ├®tats financiers et leur d├®p├┤t, dans ce contexte la mise ├á la disposition des autorit├®s d├®sign├®es pour les recevoir.
Dans ce processus, les textes pr├®voient que le d├®p├┤t des ├®tats financiers, tel que d├®fini ci-dessus, est effectu├® par un membre de lÔÇÖOrdre ou le comptable salari├® de l’entreprise.
Sur le terrain, ces dispositions ont du mal ├á ├¬tre correctement appliqu├®es avec de nombreuses cons├®quences dommageables ├á la qualit├® et ├á la fiabilit├® de lÔÇÖinformation financi├¿re.
Pour y rem├®dier certains pays ont mis en place le visa fiscal, exigeant que les entreprises passent par les membres de l’Ordre pour le d├®p├┤t des ├®tats financiers. Nous explorons cette piste pour continuer ├á jouer notre r├┤le de d├®fense de lÔÇÖint├®r├¬t public ├á savoir la qualit├® et la fiabilit├® de lÔÇÖinformation financi├¿re.
Une autre contrainte est observ├®e sur le commissariat au compte.
Dans les textes, le commissariat au compte est d├®volu aux Experts-Comptables et les entit├®s remplissant les conditions l├®gales ou r├¿glementaires pour en disposer ont lÔÇÖobligation dÔÇÖen d├®signer un ou plusieurs.
Cette disposition n’est pas toujours respect├®e et on rencontre sur le terrain des entit├®s ├®ligibles ├á la d├®signation dÔÇÖun commissaire aux comptes qui nÔÇÖen disposent pas.
Toutefois, nous travaillons avec les parties prenantes pour trouver des solutions ├á ces zones de non-conformit├®.
Pensez-vous que les textes r├®gissant la profession dÔÇÖexpert-comptable sont assez clairs et pr├®cis ou y a t-il lieu de les reformer ?
Concernant le commissariat au compte, les textes sont tr├¿s clairs, c’est leur mise en ┼ôuvre qui pose probl├¿me.
On ne peut pas opposer l’esprit des textes ├á des questions op├®rationnelles.
S’agissant des autres prestations de services que nous r├®alisons, il y a en effet lieu de revoir les textes.
L’accompagnement ├á la num├®risation, le digital, sont de nouveaux sujets que les textes devraient prendre en compte.
Derni├¿re question, quels crit├¿res me conseillez-vous de privil├®gier dans le choix d’un bon expert-comptable ?
Le crit├¿re le plus important est de vous assurer qu’il est inscrit au tableau de l’ordre des experts-comptables car ├¬tre dipl├┤m├® ne suffit pas.
S’il est inscrit ├á l’ordre c’est qu’il souscrit ├á une d├®ontologie et s’astreint ├á une formation professionnelle continue de 120h sur trois ans dont 40h obligatoires dans des domaines sp├®cifiques.
L’inscription ├á lÔÇÖOrdre atteste qu’il remplit les conditions de comp├®tence et de probit├® et en cas de conflit avec le confr├¿re vous avez la latitude de nous saisir pour arbitrage.
Bien entendu, vous pouvez mettre plusieurs experts-comptables en comp├®tition pour vous assurer d’avoir la perle rare qui remplit au mieux les crit├¿res personnels pr├®d├®finis en fonction de vos besoins du moment ou ├á venir.
Entretien r├®alis├® par A.S.ÔÇêTOURE
┬® Magazine BUSINESS AFRICA – 2021
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