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Les ambitions de Khady Cissé Diop pour Win Industries

Khady Cissé Diop est Directrice Générale de Win Industries. Après avoir effectué ses études primaires et secondaires au Sénégal, elle rejoint l’Université de Reims en France où elle obtient une Maitrise en Management. Après 13 ans comme cadre dans des multinationales spécialisées dans les Télécoms (Tigo et Ericsson), elle crée une entreprise de distribution de produits télécoms pour le 2nd opérateur du Sénégal. L’Entreprise Baraka, était Distributeur exclusif de Tigo dans toute la banlieue Dakaroise pendant deux ans et demi et affichaient de belles performances, à tel point que Tigo lui demande de le rejoindre à nouveau comme Directrice des Ventes et de la Distribution. Moins d’un an à ce poste, la voilà embarquée dans le lancement de O’Royal à travers la relance de la société Win Industries, spécialisée dans la production de boissons gazeuses. C’est donc depuis Mars 2016, que Khady Cissé Diop est à la tête de Win Industries. Entretien avec une figure de proue de l’industrie sénégalaise.

Quelles sont les activités de Win Industries et pourquoi avez-vous accepté de diriger cette unité industrielle alors que vous aviez créé une entreprise de distribution florissante ?

Win Industries produit et commercialise la marque d’eau « O’royal ». Il s’agissait d’utiliser mes compétences et mon expérience dans la distribution ainsi que mes capacités managériales pour remettre la société sur les rails avec un nouveau produit, O’royal 33cl. La première bouteille d’eau à 100F dans le pays. J’ai tout de suite accepté ce challenge car ce projet me tenait à cœur vu son caractère innovant et l’impact social dans la vie des Sénégalais. Win Industries a permis à une frange importante de la population qui auparavant utilisait les sachets d’eau, de migrer vers un meilleur emballage et une meilleure qualité d’eau. En plus, faire de la Distribution, j’adore!
Depuis 4 ans Win industries, avec sa marque O’Royal progresse et jouit d’une bonne notoriété.
En 4 ans, O’royal est passé d’un format de bouteille à aujourd’hui 5 formats, d’une eau filtrée à une Eau de Source Naturelle. Nous avons multiplié les capacités de production par 2,5 pour servir la demande croissante, grâce à un financement tripartite (DER-BNDE-Actionnaires).

Les activités de Win Industries ont-elles été impactées par le Covid-19 ? Quelles mesures avez-vous prises pour en réduire les effets ?

Les activités de Win Industries ont été impactées par le Covid à l’instar de beaucoup de secteurs d’activités.Win Industries, très présent sur le créneau de la bouteille de 33cl, format de prédilection des évènements et rassemblements, a été impactée par les mesures restrictives.
Heureusement, avec la diversification des formats proposés, Win Industries a pu se redéployer vers de nouvelles cibles. Il a fallu bien sûr, en plus d’être résilients, s’adapter au contexte. C’était le lieu d’être imaginatif en termes de distribution en innovant sur le canal de la livraison à domicile avec le concept «O’royal chez vous ».
Il a également fallu repenser la façon de communiquer.
Le digital a été plus que jamais un moyen privilégié, adapté au contexte car les consommateurs confinés étaient plus que jamais proches de leurs « devices ». Le digital était également adapté aux budgets de communication plus étriqués. Pour mieux faire connaitre notre nouvelle gamme de produits, nous avons beaucoup utilisé les placements de produits dans les séries télévisées, très populaires sur le digital notamment sur Youtube.
L’impact de la crise a aussi été amoindri grâce aux aides apportées par l’état à travers le Fond Covid. En effet, Win Industries a pu bénéficier d’un financement sous forme de prêt avec un différé d’une année, pour l’aider à payer ses charges fixes et salaires pendant une durée de trois mois.

Quelle est votre appréciation de la politique industrielle menée aujourd’hui au Sénégal ?

A mon avis, le Sénégal n’a pas encore su développer une base industrielle solide, notamment en valorisant les ressources locales disponibles. Pour preuve, le déficit de la balance commerciale.
Des subventions et/ou allègements fiscaux devraient être étudiés à l’endroit des industries, la pression fiscale est très forte et le coût de l’énergie est exorbitant.
Sur le plan géographique également, il est à noter que 90% des industries sont concentrées dans la capitale, et pourtant, une décentralisation permettrait justement de créer une valeur ajoutée agricole au niveau local, n’oublions pas qu’au Sénégal près de 80% de la population travaille dans l’agriculture pour une contribution au PIB de seulement 17,2 %. (selon Wikipédia Économie du Sénégal)
La création d’emplois et la limitation de l’exode rural à la clef, valent la peine que la politique de décentralisation des unités industrielles soit plus accentuée.
Cependant, des initiatives comme celles de la DER, très portées sur la valorisation des chaines de valeurs agricoles avec beaucoup d’entrepreneurs à l’intérieur du pays, sont à saluer (filières anacarde et horticole notamment).
Également, la plateforme industrielle de Diamniadio, d’une superficie de 13 ha et celle de Sandiara à Mbour, d’une superficie de 100 ha, devraient aider à améliorer le paysage industriel dans les dix années à venir.

Selon vous, la concurrence est-elle menée sainement dans votre secteur ? Les autorités de régulation et de contrôle jouent-elles pleinement leurs rôles ?

Il n’y a pas vraiment de politique anti concurrentielle dans le secteur de la commercialisation de l’eau minérale. Cependant, avec le coût des facteurs de production et l’instabilité du cours des intrants de production, certaines pratiques concurrentielles seraient suicidaires et mettraient en péril les industries qui s’y essaieraient.
J’avoue cependant que les nouveaux entrants sont assez agressifs dans leurs pratiques commerciales.
Le Ministère du Commerce se pose en régulateur en imposant tous les contrôles nécessaires quant à la qualité des produits, des emballages, la conformité des allégations sur les étiquettes…Il procède à tous les contrôles nécessaires avant la commercialisation et délivre l’autorisation de fabrication et de mise en vente.
Cependant, sur les dénominations entre eau minérale, de source, de table, filtrée etc., la régulation est absente.
La loi interdisant l’usage des sachets d’eau va certainement limiter le nombre d’acteurs dans le secteur, on arrivera sûrement à plus de rigueur, surtout pour la protection du consommateur qui est souvent perdu dans cette jungle d’offres d’eau de boisson.

L’accompagnement des banques est essentiel dans le développement du tissu industriel, notamment pour le financement des investissements, les estimez-vous plus frileuses à votre égard ?

Les banques commerciales sont en général très frileuses à l’égard de ce qu’ils appellent les Start-up. Nos banques ne prennent pas de risques et demandent des garanties que, justement, ces start-up à ce stade de leur développement ne peuvent évidemment pas donner.
Le Cas de Win Industries est un bon exemple, là ou les banques commerciales n’ont pas pu accompagner, c’est la DER, en co-financement avec la BNDE qui, la première, a cru au projet de Win Industries et l’a accompagné pour son extension.

La ZLECAF est sensée ouvrir de nouvelles perspectives en termes de débouchées pour le secteur industriel africain, pensez-vous que toutes les conditions sont réunies pour que cela fonctionne ?

La ZLECAF devrait contribuer à donner plus de dynamisme au secteur car offrant plus d’opportunités d’échanges et de complémentarité aux différents Etats membres, on parle d’un marché de plus d’un Milliard de personnes avec 2500 Milliards de PIB cumulés.
Selon la Commission Économique Africaine, le dynamisme d’une telle union devrait accroitre le commerce intra-africain de 52,3%, en éliminant 90% des barrières tarifaires.
Cependant, pour rendre possibles ces échanges intra-régionaux, il faudra que les Etats se dotent d’infrastructures routières, ferroviaires, maritimes… gages d’une fluidité de ce commerce.

Quelles perspectives prévoyez-vous pour Win Industries dans les prochaines années ?

Avec bientôt cinq ans d’activités dans la production et la commercialisation de l’eau minérale et une expertise dans le domaine, Win Industries souhaite consolider sa position et gagner plus de part de marché dans le secteur, en allant à la conquête de l’intérieur du pays et de la sous-région.
La marque O’royal bénéficie d’une bonne notoriété et le goût de son eau est très apprécié. La diversification dans d’autres produits à usage de boisson est également à l’étude.
Propos recueillis par A.C. DIALLO

©Magazine BUSINESS AFRICA 2021

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